Critères et méthodologie

Voici les critères qui sont utilisés sur ce site.

1. Structure familiale

A. La proportion de la population âgée de 0 à 14 ans, par rapport à la population totale.

Un des critères importants lorsqu’on décide d’un endroit où élever une famille est la possibilité pour les enfants de se faire des amis. Une plus haute concentration de jeunes enfants augmente également généralement les chances d’avoir une école pas trop loin et des infrastructures pour les enfants. Facteur positif.

B. La proportion de couples mariés ou en union libre, par rapport à la population totale.

Cet indicateur permet également de déterminer s’il s’agit d’un quartier familial. Une forte proportion de couples mariés ou en union libre indique, sinon des enfants, la possibilité d’avoir des enfants. Il s’agit également d’un gage de stabilité et de sécurité dans le quartier. Facteur positif.

C. La proportion de familles monoparentales, par rapport au nombre total de familles. Les études sont formelles quant au fait que la monoparentalité constitue un facteur de plus grand risque dans la vie d’un enfant. Les enfants élevés par un seul parent ne jouissent pas des mêmes chances que d’autres, qui ont leurs deux parents. Facteur négatif.

Ziol-Guest, Duncan et Kalil (2015) font état d’une plus faible scolarité pour les enfants ayant grandi dans un contexte de famille monoparentale. S’appuyant sur des travaux ayant déjà démontré le même phénomène, ils font état d’une aggravation du phénomène depuis qu’ont été publiées les premières recherches sur le sujet.

Usakli (2013) démontre que les enfants étant élevés dans un contexte de monoparentalité sont plus agressifs, plus soumis et moins assertifs que les enfants étant élevés par leurs deux parents.

Sauvola et al. (2000) font état de l’augmentation du risque de suicide pour les jeunes adultes de sexe masculin ayant été élevés dans un contexte monoparental.

Weitoft et al. (2003) arrivent sensiblement à la même conclusion : le fait de grandir avec un seul parent comporte des risques importants pour la santé de l’enfant. Même en ajustant les données en fonction notamment des conditions socioéconomiques, les auteurs font état d’une augmentation marquée des risques de problèmes psychiatriques, de tentatives de suicide, de problèmes reliés à l’alcool et aux drogues pour les enfants ayant été élevés par un seul parent.

2. COHÉSION sociale

A. La proportion de la population ayant le français comme langue maternelle, par rapport à la population totale. Un critère primordial lorsqu’on veut élever des enfants ; se feront-ils des amis qui les comprendront ? Y aura-t-il une vie de quartier où les gens peuvent se parler et se comprendre ? Arrivera-t-on à poser une question à son voisin en se faisant comprendre ou faudra-t-il trouver un interprète ? Facteur positif.

B. La proportion de la population ayant le français comme langue d’usage, par rapport à la population totale. Un indicateur semblable au premier, mais déterminant la langue utilisée à la maison par les répondants. On peut imaginer un individu d’une langue maternelle autre que le français mais étant parfaitement en mesure de parler notre langue ; cela constitue un facteur positif. Facteur positif.

C. La proportion de la population qui n’est pas immigrante.

  • Crowder, Hall et Tolnay (2011) démontrent que l’importance relative de la population immigrante dans un quartier est positivement reliée à la probabilité de déménager dans un autre quartier et, à l’inverse, qu’une large population immigrante dans les quartiers voisins réduit la probabilité de déménager.
  • Rokeach et al. (1960) ((Rokeach, M., Smith, P. W. et Evans, R.I. (1960) Two kinds of prejudice or one? In Rokeach, M. (Ed.) The Open and the Closed Mind: Investigations into the nature of Belief Systems and Personality Systems. New York: Basic Books, pp. 132-168.)) démontrent qu’il y a une tendance naturelle des gens à s’associer, à socialiser et à être plus confortables avec d’autres personnes partageant des systèmes de croyances similaires. Plus grande et la similarité perçue des autres, le plus on leur fait confiance.
  • Saiz et Wachter (2006) expliquent que la valeur des logements dans les quartiers à forte proportion immigrante augmente comparativement moins rapidement que dans les autres quartiers. La population native est prête à payer une prime pour habiter dans un quartier où il y a moins d’immigrants.
  • Hall et Crowder (2013) arrivent à la même conclusion : une plus grande proportion immigrante dans un quartier encourage une fuite de ce quartier par la population locale. Un quartier où une personne sur cinq est immigrante augmente de plus du double la probabilité d’un exil de la part de la population native. En outre, la population native déménage systématiquement dans des quartiers où il y a moins d’immigrants que le quartier qu’elle a quitté.
  • Alesina et La Ferrara (2002) font également état du fait que la confiance entre les citoyens d’un quartier augmente également en fonction du temps passé par chaque citoyen au sein de celui-ci ; les quartiers où il y a plus de déménagements ont un taux de confiance sociale plus bas.

Ces études font état des impacts négatifs de l’immigration sur un quartier. L’augmentation du nombre d’immigrants réduit l’attrait d’un quartier, incitant au déménagement de la population native, qui est prête à payer une prime pour vivre dans un quartier ayant moins d’immigrants. Cela a comme conséquences une plus faible valeur des logements et un taux de confiance sociale plus bas.

D. La proportion de la population ne faisant pas partie d’une minorité visible.

  • Deley et Newton (2005) font état de la supériorité de l’homogénéité ethnique lorsqu’il est question de la confiance qu’ont les  personnes les unes envers les autres (la confiance est définie selon la croyance que les gens ne nous feront pas mal s’ils peuvent l’éviter et qu’ils nous aideront s’ils peuvent le faire). Selon les auteurs, l’homogénéité ethnique a un impact direct sur la confiance qu’ont les gens entre eux. Cette confiance est également à la base de la solidarité et de la coopération au sein d’une société.
  • Alesina et La Ferrara (2002) établissent que le fait de vivre au sein d’une communauté très hétérogène d’un point de vue racial contribue à réduire la confiance qu’ont les citoyens les uns à l’égard des autres. Dans de telles communautés, la participation dans des groupes nécessitant des contacts directs entre les membres est amoindrie. Notons que la participation dans de tels groupes et le niveau de confiance sont interreliés. En outre, les politiques publiques sont moins efficaces dans de telles communautés hétérogènes, car celles-ci ont plus de difficultés à partager et à financer les biens publics. Même si les inégalités sociales, calculées par le coefficient de Gini, constituent un autre facteur en corrélation avec un faible taux de confiance, les auteurs considèrent que la fragmentation raciale constitue un facteur encore plus important.
  • Alesina, Glaeser et Sacerdote (2001) expliquent le plus grand développement de l’État-providence en Europe qu’aux États-Unis par la présence, dans ce dernier pays, d’une plus grand hétérogénéité raciale. Le pays redistribue moins la richesse car la majorité croit que la redistribution favorise les minorités raciales. L’hétérogénéité raciale constitue donc un frein à une plus grande égalité sociale au pays.

En clair, selon ces données scientifiques, plus une communauté est ethniquement hétérogène, moins il y a de confiance entre les citoyens. À l’inverse, un quartier (ou une ville) avec une plus grande homogénéité ethnique constitue un lieu plus sécuritaire, où les gens se font davantage confiance, où l’argent public est mieux dépensé et où il y a davantage de participation dans des groupes nécessitant des contacts directs entre les membres de la communauté.

3. Situation financière

A. La proportion des ménages dont le revenu fait partie du décile inférieur, par rapport à l’ensemble des ménages. Cet indicateur permet de déterminer la situation d’extrême-pauvreté au sein d’un quartier. Facteur négatif.

Shaw et al. (2007) font état d’un fort lien entre l’ampleur du problème de la drogue et les inégalités économiques.

Chetty et al. (2016) expliquent qu’un revenu plus élevé mène à une espérance de vie plus longue. La différence d’espérance de vie entre le 1% le plus riche et le 1% le plus pauvre est de 14,6 années.

Hegedus (2018) fait état d’un fort lien négatif entre le niveau de pauvreté et l’accomplissement scolaire : plus un enfant provient d’un milieu défavorisé, moins bonnes sont ses chances de réussite académique.

B. La proportion des logements nécessitant des réparations majeures, par rapport à l’ensemble des logements. On préfère généralement élever des enfants dans un milieu de vie propre où les maisons ou logements ne tombent pas en ruine. Facteur négatif.

C. La proportion des ménages consacrant plus de 30% de leurs revenus en frais de logement, par rapport à l’ensemble des ménages. Un autre indicateur de pauvreté, mais permettant de capturer la pauvreté « cachée », ou la détresse non-apparente. Par exemple, un quartier peut sembler bien en apparence, mais si une grande partie de ses habitants dépense plus de 30% de leurs revenus pour se loger, il y a risque de paupérisation à moyen et long terme. Facteur négatif.

D. Taux de chômage. Cet indicateur permet de déterminer le caractère travaillant des habitants d’un quartier. Un enfant dont les camarades de classe ont systématiquement des parents qui ne travaillent pas risque d’être moins motivé à faire les bons choix pour son avenir. Facteur négatif.

E. Proportion de la population de 15 à 64 ans dont le diplôme d’études secondaires (DES) constitue le plus haut diplôme obtenu. Cet indicateur donne une idée de l’ambition des habitants d’un quartier, et va généralement de pair avec le revenu. Lorsqu’on élève des enfants, on préfère le faire dans un quartier où existe une certaine motivation à poursuivre des études, ne serait-ce qu’une technique ou quoi que ce soit au-delà du DES. Facteur négatif.

4. Enracinement local

A. Proportion des travailleurs faisant le trajet domicile-travail en moins de quinze minutes. Cet indicateur permet de déterminer si le quartier constitue un simple dortoir, ou si les gens qui y habitent y travaillent relativement près. Cela permet également de donner un aperçu de la proximité des services pour les enfants. Il s’agit également d’un facteur de qualité de vie, car des parents passant moins de temps dans leur trajet domicile-travail ont davantage de temps à consacrer à leurs enfants. Facteur positif.

B. Proportion des travailleurs faisant le trajet domicile-travail en transport en commun, à pied ou à bicyclette. Cet indicateur permet de déterminer le niveau de proximité et de sécurité d’un quartier, c’est-à-dire la possibilité pour les enfants de marcher pour aller chez leurs amis, de pouvoir se déplacer facilement dans les commerces quand ils deviennent adolescents, etc. Facteur positif.

C. Proportion de la population n’ayant pas déménagé depuis cinq ans. Cet indicateur constitue un facteur de stabilité et de sécurité. Des gens qui habitent un quartier depuis longtemps s’y attachent, le respectent, connaissent davantage leurs voisins, le polluent probablement moins et observent ce qui s’y passe. Facteur positif.

Méthodologie

Le classement des quartiers se fait avec l’aide de la code Z, qui est calculée comme suit :

Z = (Valeur de chaque indicateur) - (Moyenne de l'ensemble des quartiers)
               (Écart type de l'ensemble des quartiers)

Le résultat est multiplié soit par 1 (facteur positif) ou -1 (facteur négatif), puis par la pondération de chaque facteur ; ainsi chaque sous-facteur du facteur « Sécurité financière » a une pondération de 5%, puisque les quatre principaux facteurs ont 25% de pondération et qu’il y a cinq sous-facteurs à diviser.

Le résultat est ensuite compilé dans une échelle basée sur le 95e, 50e et 5e percentile.

Toutes les données proviennent du recensement le plus récent de Statistique Canada (au moment de publier l’article) et se basent sur les aires de diffusion, soit la géographie la plus précise utilisée par l’organisme.

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